L’histoire

Origine de l’Abbaye d’Yverdon

C’est le 6 mai 1819 que le Conseil d’Etat du canton de Vaud autorisait la formation de la «Société militaire d’Yverdon» et en approuvait les règlements fondamentaux. Il ajoutait pourtant à ceux-ci trois articles, imposant à la surveillance de la société le Juge de Paix, entre les mains duquel les membres avaient l’obligation de prêter serment, promettant d’être fidèles à la Constitution cantonale et aux Autorités.

L’article II était ainsi conçu: «Pour être admis dans la Société, il faut avoir les qualités qui constituent l’honnête homme et être inscrit sur les Rôles Militaires, armé et équipé en uniforme complet du Corps auquel on est attaché.»

Car chaque «tirage» était précédé d’une parade militaire, en uniforme, sur la place d’armes. Le premier tir eut lieu le 31 juillet 1819 et il fut alloué une somme de 1000 batz (environ 200 francs) en primes aux tireurs. Et déjà, des consolations furent offertes aux sociétaires n’ayant pas trois coups en cible. En fait, c’est de la nécessité de former de bons tireurs pour protéger la terre helvétique qu’est née l’Abbaye d’Yverdon; elle remplaçait l’ancienne société des Mousquetaires, elle-même faisant suite à celle du Papegay. Car la menace, avec la guerre entre la France et l’Autriche, les troubles consécutifs au retour de l’exilé de l’île d’Elbe, allait mobiliser nos troupes aux frontières, entre Genève et Bâle.

De plus, dans ce Pays de Vaud transformé en canton, le but avoué des abbayes était de fortifier les tendances à la liberté et d’assurer plus pleinement sa jeune indépendance.

Celle d’Yverdon se dota d’un drapeau qui portait comme devise «Honneur aux armes suisses», fier étendard que l’on peut admirer dans la salle d’armes du musée de la ville, avec une lithographie du premier règlement fondamental.

Un peu d’histoire

Les ancêtres

La société du PAPEGAY (du vieux français «papegai» qui veut dire perroquet) C’est au XIVe siècle déjà que l’on trouve trace, dans les registres des Conseils d’Yverdon, de mentions relatives à la «Création des Roys du Papegay». Mais les privilèges du Papegay d’Yverdon datent officiellement de 1515.

A ce moment-là, les «très humbles, et très obéissants sujets et serviteurs (du duc Charles III), les nobles, bourgeois, habitants et compagnons, tirant et jouant de l’arbalète, coulevrine et arc… demandèrent très humblement de leur bailler licence de faire et créer un Roi, tous les ans au mois de mai, c’est assavoir le mieux jouant qui abattra le Papegay tant à l’arbalète, coulevrine qu’à l’arc.., en leur donnant privilèges perpétuels que celui qui sera le roi pour cette année soit par tout le pays, par toutes les villes, seigneuries et terres, exempt, franc, quitte et libéré de tous tributs comme péages, leydes, vendes, subsides, contributions, communes et autres impositions tant réelles que personnelles…»

Le duc Charles III accorda aux tireurs yverdonnois ce qu’ils demandaient. Il le fit par le moyen d’une charte datée de Gênes, le 8 novembre 1515, et dont l’original se trouve dans les archives de la ville.

Fixé au sommet de plusieurs «perches» superposées en forme de tour, à une hauteur d’environ cinquante mètres, l’oiseau à abattre, de la grosseur d’un pigeon, en bois et claveté de fer, était fixé à la dernière perche, sur une tige métallique de six pieds de long.

La société des Mousquetaires

En entrant en possession du Pays de Vaud, le gouvernement de Berne réglementa avec beaucoup de détails le Tir du Papegay.

Voici l’article 1 du décret publié le 19 juillet 1659:

Les tirages de l’arc et de l’arbalète, comme inutiles présentement pour la guerre, sont supprimés, et le seul tirage du mousquet devra subsister.

 NB: C’est ainsi que la Société de Tir du Papegay d’Yuerdon donna naissance à celle des Mousquetaires, jusqu’à la formation, en 1819, de la Société Militaire d’Yuerdon, notre Abbaye.

Tous les amateurs de tir et spécialement tous les citoyens faisant partie de la Milice participaient à la fête annuelle qui, à Yverdon, avait lieu au commencement du mois de mai.

Le tir du Papegay était donc la préoccupation principale de beaucoup de personnes dès le commencement du printemps et, presque toutes les années, les Conseils des Douze et des Vingt-quatre avaient à délibérer à son sujet.

La fête nécessitait des mesures d’ordre et de police qui étaient du ressort de l’administration locale. La commune avait, d’autre part, à fournir des subsides plus ou moins considérables aux Rois, outre l’insigne de leur royauté éphémère qui était une écharpe aux couleurs de la ville. Il fallait, en outre, quelquefois édifier des constructions provisoires et, toujours, fournir de la poudre dans la proportion fixée par les Conseils.

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Membre fondateur

Fête de 1702

En 1702: la première «cantine», le premier stand de tir, et l’espacement des fêtes.

13 mai — Une bonne partie de Messieurs les jeunes gens ayant formé le dessein de monter à cheval avec l’habit de dragon et faire quelques exercices à la présente Abbaye pour bailler du divertissement au public, et requis de les accommoder de quelques fusils et de la Tente, sous offre de respondre de tout dommage qui en pour­roit arriver et de restituer le tout en bon état, leur requeste leur a esté accordée et Mes­sieurs les Maisonneurs feront mesme tendre ladite Tente aux frais de la ville.

28 mai — Messieurs les Maisonneurs sont en pouvoir de faire poser un couvert… pour servir et mettre à l’abri du mauvais temps Messieurs les tireurs lorsque l’on tirera au mousquet de guerre et au fusil, lequel sera destruit au bout dudit tirage pour cacher les pièces.

C’est la première mention que l’on trouve de la construction d’un stand.

29 juillet — On a regardé à trouver les moyens d’éviter la dépense extraordinaire qui se fait toutes les années au sujet de l’Abbaye; on a reconnu qu’on ne pouvoit pas éviter le repas ordinaire qui se doit faire au mois de May de l’année prochaine, puisque les Roys de la précédente année y sont assujettis, mais après on laissera escouler quatre années; alors on refera l’Abbaye et la despense du repas les deux années suivantes; alors les quatre années d’intervalle recommenceront et estant ache­vées on refera l’Abbaye les deux suivantes; pendant lesquelles années d’intervalle on ne distribuera rien aux Roys que l’éscharpe pour marque de leur royauté.

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Les mentions qui précèdent nous montrent le tir du Papegay et l’Abbaye prenant les proportions d’une grande fête attirant de très nombreux spectateurs. Avec une imagination moyenne, on se représente les préparatifs considérables qui étaient faits pendant les semaines précédentes, l’ouvrage énorme que devaient avoir à accomplir les «tailleurs d’habits», les «culottiers» et les disciples de Saint-Crépin, l’anxiété avec laquelle on scrutait le ciel et interrogeait les devins de tout genre pour savoir si le ciel serait favorable. On voit la majesté de la «parade» avec les costumes brillants des «Roys» et des officiers de tout genre, la bonhomie du Seigneur Bailli venant se mêler aux tireurs et au public pour leur faire part de ses observations, de ses remarques satiri­ques et de ses conseils paternels. On voit aussi la joie éprouvée par la population qui veut profiter du spectacle et cela d’autant plus que les occasions de se récréer sont rares sour le régime de LL. EE. On voit enfin le bonheur qui se reflète sur la figure des «Roys» que l’on vient de proclamer et le plaisir qu’ils éprouvent à passer autour de leur corps la belle écharpe que vient de leur donner M. le Gouverneur. Et bientôt, à la maison de ville, c’est un discret murmure de voix autour des tables richement servies, en attendant la longue série des «santés», obligatoires alors comme aujourd’hui, et qui seront fêtées avec les meilleurs crus des coteaux du «lac de leurs Excellences» pétillant dans les coupes d’or et d’argent.

historique_abbaye1944Le tir des Jeunes: une tradition fort ancienne !

Yverdon possédait – si L’on peut s’exprimer ainsi – son Papegay extérieur, c’est-à-dire le « Papegay des Enfants.»

Tous ces derniers, du reste, ne jouissaient pas du privilège de pouvoir assister au tir. Le droit était réservé aux élèves du Collège.

Le Papegay des enfants n’avait pas lieu aussi régulièrement que l’autre; il pouvait arriver qu’il s’écoulât une année entière sans qu’il fût tiré. Les élèves du Collège s’empressaient, dans ce cas, de ne pas se laisser oublier par les Conseils et ils adressaient à ces derniers une requête dans laquelle ils voulaient bien promettre d’être très sages, diligents et studieux à l’avenir si on voulait bien leur donner l’autorisation de «créer un Roy ». L’autorité Communale ne repoussait généralement pas cette demande et l’on voyait alors se renouveler tout le cérémonial du Papegay des Mousquetaires, mais avec des proportions beaucoup plus modestes à tous égards, au point de vue de la dépense, surtout.

Les enfants avaient donc leur Schutzmeister, leurs enseignes, leurs lieutenants_ Quant au roi, il jouissait sans doute de privilèges essentiellement honorifiques. Il recevait cependant, comme son aîné, une belle écharpe aux couleurs de la ville. Les Conseils lui octroyaient en outre généreusement quatre écus blancs afin que — copiant le roi des Mousquetaires jusqu’au bout – il pût de cette manière faire les frais de la collation qu’il devait offrir aux participants.

En 1703, le tir du Papegay prit des proportions considérables. La fête des enfants eut lieu en même temps que celle des Mousquetaires. On peut se rendre compte de l’importance que l’on donnait au tir des collégiens par l’extrait suivant des Registres des Conseils relatif à la livraison de la poudre.

29 mai 1703 – Messieurs les Maison- rieurs livreront aux enfants le premier jour six onces et le second jour huit onces de poudre.

Les élèves du Collège allant créer un «Roy» ne faisaient donc pas les choses à moitié à l’époque de LL. EE.

En imitant leurs aînés, les enfants s’initiaient un peu à l’organisation et à la direction d’une fête et d’une cérémonie. Devenus grands, ils prenaient part avec d’autant plus de fruit et de plaisir aux exercices militaires_ Ils apprenaient à discuter à et à décider dans des petites choses avant de s’intéresser avec succès à de plus importantes.

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Remarques:

Le Tir des Jeunes a toujours été effectué en prélude à la fête de l’Abbaye, et depuis près d’un siècle, à l’arme d’ordonnance et à trois cents mètres.

Dès 1960, le fusil d’assaut 57 a remplacé le mousqueton modèle 1931, jusqu’en 1990 où, pour la première fois et en grande première suisse, les élèves des classes terminales yverdonnoises on tiré avec le nouveau fusil d’assaut de la même année.

La participation a connu une augmentation spectaculaire:

– En 1960, on recensa 37 tireurs, tous des garçons.

– En 1980, 117 tireurs, dont 36 filles.

– En 1992, 335 tireurs (151 filles et 184 garçons), record de 1988 égalé.

Le programme, le même depuis près d’un demi-siècle, comporte, sous la direction d’un moniteur pour chaque tireur, et après des exercices de visées, et de départ du coup «à sec», le tir de cinq cartouches sur cible A à 10 points. Le classement se fait à l’addition des trois meilleurs coups, appui par les suivants.

A ce jour, le maximum de 30 n’a été atteint que deux fois, dont une par une demoiselle qui avait alors battu tous ses rivaux masculins!

A relever que les trois meilleures filles ainsi que les trois premiers garçons reçoivent des médailles tour de cou d’or, d’argent et de bronze, lors du couronnement des rois, participent au cortège et à la verrée. Et le lundi à 18 heures, sous la cantine à l’issue de la fête des enfants, ce sont actuellement plus de deux mille francs en espèces qui sont distribués aux groupes issus de la même classe et composés de cinq tireurs.

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